Raffi-Ourgandjian


Raffi-Ourgandjian

RAFFI OURGANDJIAN

C’est une vie entièrement consacrée à la musique que celle de Raffi Ourgandjian : travail à l’instrument dès la prime enfance, connaissance immense des répertoires de la musique, passion infinie pour ce qu’elle dégage de l’humain et du sacré.

Né en 1937, « son origine arménienne le marque profondément au sceau de l’hypersensibilité. C’est que la rencontre douloureuse de l’Orient et de l’Occident est en lui».(*) Les musiques et philosophies orientales qu’il connaît pour ainsi dire de l’intérieur exerceront alors une influence déterminante sur sa pensée et son langage.
Son orientation vers l’improvisation (et son médium qu’est l’orgue) et la composition, il la doit à une femme exceptionnelle, Elsa Barraine (**), son professeur au Conservatoire de Paris où il reçoit également l’enseignement d’Olivier Messiaen et devient à cette période son interprète privilégié. Il donne en concert, en 1968 à Bruxelles, l’intégrale de I’œuvre pour orgue du maître en première mondiale. En 1965, après Jehan Alain, il reçoit le Premier Grand Prix de Composition des Amis de l’Orgue à Paris qui n’aura que deux éditions.
Raffi Ourgandjian, tout en poursuivant sa carrière d’organiste, se passionne très tôt pour la transmission de son art et se lance dès 1970 dans l’aventure de la décentralisation à Chalon s/Saône, haut lieu en ce temps de cette volonté de démocratisation de l’art, avec Francis Jeanson et Camille Roy. Les maîtres mots de cet engagement dans la musique, dans l’action culturelle et dans l’enseignement se nomment connaissance, imagination, rigueur, recherche, audace, rêve, exigence et création. De ces mots, il fera aussi la base de son enseignement dans le département d’écriture qu’il créé au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon et qu’il dirige de 1980 à 1988.
A son instrument, il époustoufle par sa science des registrations qui transcende les architectures musicales et fait sortir les esprits des tuyaux et des partitions. Pour lui, « il cisèle vibration par vibration, de subtiles monodies modales qui s’entrecroisent»(*) ou de redoutables et granuleuses matières sonores.
« Musicien du souffie, il écrit naturellement souvent pour l’orgue, la voix et les vents. Mais c’est aussi le souffie de l’épopée et du voyage des exilés qui traverse sa captivante musique».(*)

(*) Michel Thion
(**) Raffi Ourgandjian a rendu hommage à Elsa BARRAINE (1910-1999 – prix de Rome en 1929) en enregistrant en 2010 l’ensemble de ses œuvres pour orgue sur l’orgue Merklin en l’Eglise du Saint-Nom-de-Jésus à Lyon. Edition MARCAL classics – distribution UVM www.uvmdistribution.com

Ecoutez Double Chant …

Double chant,

pour flûte basse, Raffi Ourgandjian (2014)

Depuis la création de Naïri II (1987) composé pour Claire Louwagie et Françoise Ducos, Raffi Ourgandjian s’est passionné pour les flûtes graves. Découvrant la flûte basse de l’exceptionnelle luthière hollandaise Eva Kingma dans Ecrits sur le souffle (Alain Besson), il compose Anouchka puis Double chant pour cet instrument. Cette flûte plutôt imposante dévoile tout à tour des accents déchirants, des sonorités douces et profondes, un souffle au bord du silence.

Double chant relate sans doute le chemin d’une vie.

A la lenteur du début – facilitée par la pratique de la respiration circulaire – succède la dualité des registres graves et suraigus qui ouvrent un abîme vers les sons multiphoniques en dialogue avec les mélismes (qui ne sont pas sans rappeler le chant du doudouk, hautbois traditionnel arménien). La fin de la pièce prend une certaine distance avec le son – espaçant la vivacité des courbes descendantes avec des halos d’harmoniques toujours plus ténus. Et tout finit par disparaître pour rejoindre la sérénité et le calme premier, comme si rien n’avait existé. (Françoise Ducos)